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L’Autre c’est à la fois « je », « tu », « nous »

Comme une quête insatiable de connaissance de l’autre et de soi, la démarche artistique de Vanessa Santullo fouille notre intimité. Le support vidéo laisse ici libre cours à la spontanéité, l’imprévu, faisant de ces « Autres »un sujet de réflexion et d’interrogation sur la place de l’individu au sein de la société et dans son rapport au monde. Cette introspection sur la condition humaine est pérenne mais reste par delà le temps un témoignage vivant d’une époque et un vivier inépuisable de source créatrice. De plus, elle est ici vue sous un angle original car la réflexion s’élabore sous forme d’un triptyque où les séquences correspondent à un parcours initiatique. En effet, dans Les Autres, le premier volet montre la place de l’individu au sein d’une masse, pouvant former en apparence un tout homogène. Le second volet, resserre le champ de vision à la notion de clan ou de groupe. Enfin, le troisième volet se focalise sur la notion de couple au sens large du terme.
Cet opus en trois actes, par un jeu de miroir, fait de nous les spectateurs d’une comédie dont nous sommes aussi les acteurs.

Les Autres ,volet 1, est la perception de l’individu au sein d’un tout, d’une foule qui semble imposer des codes sociétaux à respecter. L’individu par un jeu de mimétisme se fond dans ce « tout » dans lequel la notion d’individualité semble annihilée. Les images prennent sur le vif des personnes qui, bien que différentes, dégagent un sentiment d’uniformité qui nous permettent de nous interroger sur l’importance donnée aux gestes et attitudes, acquis et conditionnés par l’éducation et les habitudes. Ce premier volet nous plonge donc in media res dans le questionnement de la place de l’individu au sein de la société et nous incite à envisager que vivre ensemble pourrait être une atteinte à l’indépendance et à l’identité singulière de chaque personne. te d’onirisme .

L’ambiance sonore constituée de musiques et de paroles inaudibles, plonge le spectateur dans un univers fabriqué où la subjectivité du son ajouté à chaque scène, renforce cette idée d’évanouissement de l’individu mais nous place aussi dans une autre dimension du réel, créant une part implicite d’onirisme .

 

Le deuxième volet, focalise notre attention sur la représentation de l’individu au sein d’un groupe. Les personnes filmées sont toutes présentées comme appartenant à un clan qui leur ressemble. Il met l’accent sur les codes qui régissent des réunions de personnes restreintes et ce processus d’identification ou d’appartenance se retrouve visuellement dans la manière de se vêtir ou de se comporter. Ce qui frappe dans ce volet c’est la notion de regard et plus particulièrement le regard de l’autre. Le groupe ,étant en dehors de la masse ou de la foule, représente malgré des codes communs intrinsèques, une minorité qui suscite un autre regard. Quelques scènes sont ainsi significatives et montrent que le groupe filmé regarde la caméra et se pose ainsi en spectateur et non plus en acteur que nous regardons à notre tour. De plus, comme un leitmotive involontaire,on retrouve à plusieurs reprises dans ce film, des personnes montrant du doigt quelque chose ou quelqu’un qui reste invisible pour nous mais qui accentue encore ce jeu de miroir. La caméra est alors allégorie de ce doigt pointé vers l’inconnu comme une incitation à regarder au delà du film même.  Enfin l’univers musical ajouté au montage met l’accent sur la chorégraphie des corps et des comportements. Nous retrouvons donc dans ce volet, l’idée d’un individu agissant par mimétisme pour être reconnu au sein de son propre cercle.

Texte de Morgane Corellou, historienne de l’art
In Catalogue d’exposition, Manifesto, Toulouse septembre 2003

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