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Portrait de l'artiste
Portrait d’une jeune artiste trentenaire...


Je connais bien le travail de Vanessa : je participe (modestement) déjà depuis longtemps à l’élaboration de sa « jeune pensée ». C’est à dire que nous parlons, (dissertons ?) sur ses projets, ses work-in-progress comme aiment à dire certains ; et c’est pour cela que j’ai du mal à écrire sur elle, je me dis que, malgré ce que prétend le jeunisme, il faut un certain laps de temps pour construire une œuvre, il est difficile d'engager des critiques particulières, comme on pourrait le faire sur des artistes plus avancés, sur des gens qui, nolens volens*, se sont déjà “inscrits” dans une certain longévité.
Il y a dans l’œuvre de cette jeune artiste, déjà, une conscience au monde que beaucoup de nos contemporains n’effleureront jamais du bout de l’esprit ; non pas qu’il sont trop vieux ou pas assez, mais que c’est là qu’est le talent de l’artiste : pouvoir soulever le voile de la réalité pour voir au-delà. Ou comme le dit Schopenhauer: « L’art, déchire le voile des apparences. »

Mais de quoi l’œuvre est-elle faite ? De quoi parle-t-on ? C’est ici que les choses se compliquent ; parler du travail de Vanessa c’est ouvrir la porte des souvenirs de l’enfance, des souvenirs de vacances de la place de la famille dans son propre vécu, de la place du père, du rapport à la mère, et donc de l’autre. Vanessa tente par ses petites formes vidéo de nous faire appréhender le monde des gens, ceux de la rue, ceux de la famille, des vrais amis et des autres les inconnus de la foule. Vanessa déchire le voile des apparences et nous montre tel que nous sommes des êtres monstrueux de part nos attitudes et nos gestes ( les Autres, 2003 ). Des êtres monstrueux de part nos émotions et nos sentiments ceux-là, Vanessa ne nous les montre pas, elle les suggère, Vanessa est trop pudique pour mettre le miroir bien en face de notre visage, elle le présente de biais (pour ne pas croire que c’est de notre propre reflet qu’il s’agit).
Etre artiste, être femme et de surcroît trentenaire à notre époque c’est prendre beaucoup de risque et pourtant Vanessa assume. Elle assume son statut d’artiste dans notre société, elle assume sa féminitude* mais surtout son angoisse du monde et ses rapports aux autres. Concevoir ces vidéos est peu ou proue une manière pudique de déchirer le voile de sa propre intimité. Et pour Vanessa c’est surtout créer les conditions pour être entendu (en tant que femme artiste de trente ans). Et pourtant Vanessa chuchote, elle chuchote ce que nous ne voulons pas connaître à savoir ce qui se cache sous le voile de notre personnalité. Et pour en finir avec la racine du mal (et la racine du mot) personne* c’est le masque en latin. C’est donc bien de cela qu’il s’agit pour Vanessa : faire tomber les masques.
L. O. / Lyon, septembre 05.

Quand une femme veut réellement monter au sommet de l'art international, elle y arrive. J'en suis la preuve vivante ! Niki de Saint Phalle

* loc. latine : ne voulant pas, voulant
* Féminitude: Ce qui caractérise l'identité sexuelle de la femme. Concept plus englobant que le rôle, la féminitude implique le sentiment d'appartenance au sexe féminin.
* persona: masque (porté par les acteurs)