Sur quelques oeuvres de Vanessa Santullo par Flora Katz

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Les films de Vanessa Santullo captent la teneur politique de la réalité quotidienne, à partir de ses gestes les plus simples, de ses instants les plus francs. Dans un format documentaire, ses dernières productions s’attachent tout particulièrement à révéler les inégalités et les rapports de pouvoir souterrains, inhérents à une relation amoureuse, un travail ou à un trajet quotidien.

Les films Adamas / Garden Party (2013) dérivent dans l’univers d’une bijouterie à partir d’un fait divers, la séquestration de son patron il y a quelques années, dont l’archive INA est présentée en contrepoint des deux autres films. En passant du temps à observer la dynamique de l’équipe de travail, Vanessa Santullo a choisi pour Garden Party de se concentrer sur un instant à première vue un peu bancal, une bribe d’une conversation avec une employée alors qu’elle passe l’aspirateur. Pendant que celle-ci développe une critique politique du patronat et des classes aisées, le bruit de l’engin recouvre la discussion, étouffant ses paroles. De même dans Adamas, lorsque la secrétaire du patron est interviewée par Santullo, le son est coupé, montrant son incapacité à avoir une parole effective dans le cadre de son travail. Invisibilisées par l’entreprise, ces femmes perdent leurs identités propres et leurs capacités d’agir.

Deux autres projets récents poursuivent cet engagement, tout en gardant l’idée de ne pas simplifier la réalité pour transmettre des convictions politiques. Lorsque Santullo part en Guinée pour produire le film The moment and Eternity (2005), il ne s’agit pas de montrer de manière directe l’asservissement d’une population anciennement colonisée face aux occidentaux. Bien au contraire, elle cherche à mettre en lumière l’intrication des rapports humains en s’extrayant du rapport binaire et figé de dominant – dominé, qui a perdu beaucoup de sens aujourd’hui. Dans un registre féministe, A pas de Loup (2013) suggère avec intelligence le drame de la violence conjugale et des femmes battues. On suit pendant une après midi et une soirée une femme enfermée dans le silence et dans la peur, sans comprendre l’origine du mal-être. Ce n’est qu’à la fin que le récit précis nous est raconté, sous forme de témoignage sonore avec une caméra posée sur l’horizon de la ville de Marseille. Vanessa Santullo compose ainsi une œuvre qui cherche à montrer les mécanismes d’effacement d’une identité marginalisée, restituant une parole effacée et décolonisant le regard pour parler au plus prés d’une réalité vécue.

Flora Katz est curatrice et critique d’art. Elle vit et travaille à Brooklyn où elle est notamment correspondante pour Artpress.