La véritable tentative ne consiste pas à inventer une histoire qui ressemble à la réalité par Véronique Baton

La véritable tentative ne consiste pas à inventer une histoire qui ressemble à la réalité
mais à raconter la réalité comme si c’était une histoire.” Cesare Zavattini

Par Véronique Baton

La pratique de Vanessa Santullo se fonde exclusivement sur la photographie et l’image vidéo qu’elle aborde sous l’angle de l’observation sociale. Le comportement de ses congénères et l’interaction entre l’homme et son milieu naturel constituent les sujets de prédilection de cette jeune diplômée de l’école Nationale de la photographie d’Arles. À la manière d’un anthropologue observant à distance d’étranges chorégraphies humaines, elle découpe des éléments de la réalité tangible et les place encore vivants dans le contexte de l’art. Entre ses mains, la caméra devient un carnet de croquis, un instrument de témoignage avec lequel elle croque sur le vif les petits événements rythmant notre existence, des moments d’une indicible banalité souvent captés dans les espaces publics. Ses films sont souvent constitués d’une situation unique qui se perpétue ou évolue lentement, sans parole, sans discours, parfois délivrée des notions de temps et d’espace : des passants absorbés dans leurs pensés, des personnages marchant sur une plage, un groupe de touristes aux abords d’un musée, des danseurs de rue…,tous sont saisis à leur insu dans l’immédiateté de l’action ou de l’inaction, plongeant ainsi le spectateur dans une posture d’observateurs légèrement voyeur.

Instants dérobés ou indiscrétions voilées composent la matière de ces films qui pourraient se regarder comme des scènes intimes, si la bande sonore ne venaient orienter notre regard vers autre chose. Volontairement décalé par rapport à l’image, le son forme le double fictionnel d’une réalité qui navigue entre la banalité de l’événement et la stylisation de l’allégorie. Il en révèle le sens burlesque ou poétique, cynique ou comique. Offrant la vision d’une réalité ordinaire puisée dans l’intimité des autres, les films de Vanessa Santullo contiennent indéniablement une charge sociale, sans chercher pour autant à dévoiler de grandes vérités sur la société. Depuis ses premiers films ou elle s’intéressaient au monde de l’enfance et à ses comportements jusqu’aux réalisations plus récentes, d’une veine plus documentaire (L’instant et l’éternité, 2005) l’espace filmé est pour cette artiste une scène ou se joue, à travers les petites histoires de « la vie moderne », une prise de conscience de notre réalité actuelle.

Texte édité à l’occasion de l’exposition vu d’ici… vu ici, juin 2007, Château de Lauris

Véronique Baton est historienne de l’art et commissaire d’exposition

La part de l'autre